Elle te parle d'être parents ici, quand on revient de loin.

Publié le par Harlequin Girl

"Regards croisés sur la parentalité en exil".

 

Suite à certaines de vos demandes, je vais vous faire partager mon quotidien. Attention, je tiens à prévenir que certains propos pourront être violents, mais je préfère dire la vérité, sans masquer les choses impensables ... Pour peut-être ouvrir certains regards ...

 

"Revenir de loin. Connaître la guerre, les menaces ou la torture. Ne plus pouvoir faire confiance à son voisin, se cacher, changer d'identité. Avoir peur, tout le temps. Partir alors, en emmenant ceux et ce que l'on peut. Et arriver en France, ç'aurait pu être ailleurs, en Allemagne peut-être, ou en cours de

route, abandonnés.
En 2009, 47 686 personnes sont venues chercher l'asile en France.
Vivre ici. Avoir peut-être une place en centre d'hébergment. Enchaîner les nombreuses procédures liées à l'asile, et se raconter, détailler les souffrances et les humiliations. Ne pas pouvoir travailler. Etre loin des siens. Attendre de savoir si l'on obtiendra le statut de réfugié et le droit de vivre normalement en France, ne pas savoir, douter, avoir peur.
En 2009, 10 373 personnes ont obtenu l'asile.
30 283 ont été déboutées.
Et cette année là, 12 326 personnes sont entrées en Centre d'Accueil pour Demandeurs d'Asile.
Etre parent. Avoir un enfant, ou pluisuers, avec soi et vouloir s'en occuper au mieux. Se demander s'ils seraient fiers, au pays, de l'éducation qu'on lui donne ici. Se sentir démuni(e), dépassé(e) par tout ce qu'il faut assumer, mais trouver des ressources. Voir l'enfant changer, avec l'école française et tous les autres enfants qu'il rencontre. Se faire aider par un voisin ou quelqu'un de sa communauté. Se questionner sur ce qu'il faut transmettre de sa langue et de sa culture.
En 2009, 74,2% des entrants en CASA sont des familles avec enfants à charge. Elles proviennent principalement d'Arménie, de Russie, du Kosovo, de République Démocratique du Congo et de Serbie." Extrait issu de l'ouvrage Etre parents ici, quand on revient de loin.
A partir de ces quelques phrases, de ces quelques mots ... Imaginez-vous ... Nous avons la chance d'être né en France. Certes, la France regorge d'injustices, il y a les très riches, et il y a aussi les très pauvres, ceux qui crèvent la faim et n'arrivent pas à élever dignement leurs enfants. Mais malgré tous les dysfonctionnements de notre pays, nous restons bien lottis.
Dans d'autres pays, certains n'ont pas eu cette chance, ils sont nés là bas, ils n'avaient pas le choix. Et quel autre choix ont-ils que de tenter de survivre ? Survivre face à des horreurs, des tortures, des viols, des meurtres, des choses que l'on ose à peine nommer. Ces gens là avaient une vie chez eux. Pour la plupart, ils avaient même de très belles situations. Et puis, du jour au lendemain, plus rien. Ils ont dû fuir, pour X raisons. Imaginez que cela vous arrive, demain. Vous devez quitter le pays qui a toujours été le votre. VOus abandonnez maison, amis, familles, parfois une partie des enfants, et vous ne savez pas où vous allez arriver. Bien sûr, vous espérez arriver dans un de ces pays dont on parle parfois, un pays qui a des valeurs, qui aide les plus démunis. Mais la réalité est bien plus dure. Vous vous retrouvez dans un pays dont vous ne comprenez pas la langue, tant cette dernière est éloignée de votre langue maternelle. Vous ne comprenez pas les logiques administratives, vous ne comprenez pas pourquoi, alors que chez vous, vous étiez médecin, architecte ou maçon, aujourd'hui, vous n'êtes plus rien qu'un dossier en attente. En attente d'un droit de vie ou de mort. Imaginez qu'avec vous, vos enfants, auxquels vous tenez comme à la prunelle de vos yeux, souffrent eux-aussi de cette situation inhumaine. Ils dorment avec vous dans une chambre glauque, où il n'y a pas de quoi faire ces devoirs ou cuisiner un repas le soir. Et puis, vous les inscrivez à l'école, car vous voulez qu'ils aient une bonne éducation, qu'ils s'en sortent. Et tout d'un coup, vous n'êtes plus les parents. Ils prennent le dessus, car eux, ils parlent, comprennent et écrivent le français. Ils apprennent vite, les petits. Vous, vous vous voyez apprendre une langue inconnue à 35 ou 40 ans ? Alors que vous avez comme seule préoccupation d'avoir un toit au dessus de la tête de vos enfants pour le soir, et quelques biscuits à leur offrir en guise de repas ?
Vous êtes traîtés comme un numéro, comme un parasite. Vous croyiez arriver dans le Pays des droits de l'Homme, mais vous êtes en fait en plein drame. Ce pays est paralysé par la peur, celle de l'autre, cette peur nourrie par les média, nourrie par les familles sur des générations. C'est un véritable fléau que le racisme, ou juste cette peur de l'étranger, car ce mal est en ces personnes depuis leur plus tendre enfance, ils ne peuvent penser autrement. Mais vous, au final, vous préférez cela aux massacres dont vous avez été témoin ou victime, et vous préférez vous retrouver en pseudo sécurité dans un pays qui ne veut pas de vous, que mort dans le pays qui vous a vu naître.
Je me souviens, petite, je regardais à la TV la guerre du Golfe, la 1ère, et je ne comprenais pas ce qu'il se passait. Je n'arrivais pas à comprendre comment des hommes pouvaient tuer d'autres hommes. Juste pour ... quoi, au juste ?! Ma mère m'a élevée avec des valeurs, dont celle de l'importance qu'à chaque vie humaine sur cette terre. Alors, à 4 ans, je donnais mes anciens jouets pour la Roumanie, à 10 ans je parranais une petite fille pour qu'elle puisse aller à l'école et être vaccinnée, et à 15 ans je donnais mes vêtements dont je m'étais lassée pour les plus démunis. Parce que j'ai eu la chance de naître au bon endroit, dans la bonne famille ... je n'ai pas le droit de faire l'autruche et de me dire que ce qu'il se passe dans le pays d'à côté ne me regarde pas.
La France était bien contente d'accueillir les populations nord-africaines quand elle en a eu besoin, de compter sur les colonies africaines pour se faire massacrer à sa place. La France a collaboré avec les nazis en éliminant des êtres humains qui avaient juste commis le crime d'être juifs, pour reconnaître des années plus tard le génocide. Aujourd'hui, notre cher ministre de l'Intérieur renvoit à coup de karcher, euh pardon de charters, des hommes, des femmes, des enfants, dans des pays où ils ont depuis le 12ème siècle été massacrés ... [A suivre]

Publié dans Moi & mes jobs

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