Elle a rencontré D. et son père.

Publié le par Harlequin Girl

[Attention, certains propos peuvent être violents]

 

Dans une des écoles où j'interviens, il y a un petit garçon de 10 ans. Il est beau. Il a la peau mate et des yeux dans lesquels ont pourrait se perdre. Il a un joli sourire qui ne le quitte jamais, mais souvent, on lit de la tristesse derrière ce sourire et ce regard. La tristesse d'un petit D. qui n'a rien demandé à personne.

D. est d'origine macédonnienne. Il est né il y a 10 ans. Il a 3 grands frères et grandes soeurs. Sa maman était institutrice et son papa cordonnier. Ils vivaient tous ensemble dans une maison qui appartenait à la famille depuis 3 générations. Et puis un jour, tout a basculé. D. et ses frères et soeurs rentraient de l'école. Ils riaient et voulaient jouer au ballon devant la maison. Mais leur maman les a rappelé à l'ordre : "Vous devez travailler votre lecture et votre écriture". Ils ont un peu ronchonné mais sont allés dans leurs chambres, travailler. Ils ont été alerté par des cris. Des cris horribles qui provenaient de leur mère. Des hommes étaient entrés chez eux. Ils brutalisaient leur maman. Ils lui ont arraché ses vêtements. Le grand frère de D. a voulu s'interposer, intervenir pour protéger leur maman. Mais leur soeur les a arrêté. Ils sont tous allés se cacher au grenier, tremblant de peur mais se retenant de pleurer, de crier, d'hurler pour ne pas alerter les "méchants". Ces hommes, ces barbarres, ont violé leur mère, puis lui ont ouvert le ventre pour sortir ses organes. Ils auraient pu partir, et la laisser là, mourrante. Mais ils l'ont attaché à une corde et l'ont pendu, devant la fenêtre qui donne sur la route. Puis ils sont partis. Les enfants sont restés terrorisés, cachés dans le grenier, jusqu'à l'arrivé de leur père. Cet époux a découvert les horreurs subies par sa femme ... morte.

 

Ce monsieur nous raconte son histoire, une histoire qu'il a déjà du raconter plusieurs fois depuis son arrivée en France. Il la raconte avec un regard dénué de toute expression. Il n'est plus qu'un fantôme. D. écoute le discours de son papa et revit probablement la scène.

 

C'est à ce moment là que les voisins sont sortis de chez eux. Un monsieur lui a dit de fuir, qu'ils allaient revenir pour lui et les enfants. Il l'a pressé de quitter la maison. Alors, complètement anéanti, il est parti. Sans rien. Sans vêtement. Avec juste quelques papiers, déjà préparés au cas où ... Il a du partir, vite et surtout, avec un seul de ces enfants. Il a attrapé D., qui avait 8 ou 9 ans à l'époque. Il a laissé ses 3 autres enfants, ça lui a arraché le coeur. Il est monté dans un bus. Il est arrivé ici, à Lyon. Ca aurait pu être n'importe où ailleurs. Il ne parlait pas un mot de français. Une dame l'a gentiment orienté vers la Préfecture. Mais après plusieurs jours de voyage, de fuite, sans affaires, sans nourriture ... il était comme mort, et le petit D. aussi.

 

Depuis leur arrivée, des tas de choses se sont passées. D. est allé à l'école. Avec son papa, ils ont été pris en charge le temps de leur demande d'asile. Et puis, le papa est tombé gravement malade. Un choc post traumatique. Leur demande d'asile a été rejetée. Ils n'ont plus eu droit à rien. Alors, ils ont dormi dehors. A l'école, les parents d'élèves ne pouvaient tolérer cette situation insupportable. Ils se sont mobilisés. Le directeur permettait à D. de prendre sa douche à l'école, de prendre le petit déjeuner aussi. Et puis, les parents se relayaient pour l'héberger la nuit. Mais ça n'a pas duré. Il y a eu les vacances d'été. D. et son papa sont retournés à la rue. Un matin, la police est arrivée et a délogé la douzaine de famille qui vivaient dans des tentes et qui n'avaient déjà rien. Ils ont tout jeté à la benne : tente, vêtements, médicaments, papiers ... Et ils ont embarqué D. et son papa.

 

Nous l'avons cherché pendant plusieurs heures, appelé la police aux frontières, et enfin quelqu'un nous a dit qu'ils avaient été relâchés. Nous sommes parties à leur recherche, dans les rues de la ville. On a eu de leurs nouvelles que le lendemain. Le papa était encore plus en mauvaise santé. D. n'avait plus rien, plus un habit, plus une couverture. Il m'explique qu'il dort sous un pont où passe énormément de voitures. Et quand on lui demande ce qu'il pense de tout ça, il nous répond avec un sourire aux lèvres "Oh ... rien". Il entend alors son papa nous parler, nous dire des choses très difficiles à entendre pour un enfant de 10 ans. Son père nous explique qu'il ne veut pas retourner là bas. Il ne sait pas si ses enfants sont en vie. Mais lui, il ne veut pas retourner mourir dans son pays. Il veut mourir en paix, en France, dans la rue. Et il veut que D. ait une belle vie. Qu'il aille à l'école. Qu'il parle français. Il veut que son fils oublie qu'il a vu sa mère mourir sous ses yeux. Il me regarde, regarde l'assistante sociale et la maman d'élève qui est avec nous et nous dit : s'il vous plait, aidez mon fils.

 

 

Publié dans Moi & mes jobs

Commenter cet article

emma 02/11/2012 09:50


Ho :-( j'ai les larmes aux yeux. Personne ne devrait vivre de telles situations :-(


 

Béa 12/10/2012 09:42


C'est affreux, j'ai une boule dans la gorge en écrivant ce mot, je suis révoltée que de telles choses puissent encore arriver ! Et dire que nous nous plaignons parfois... ça fait vraiment
relativiser !


Bravo à toi et à tous ceux qui choisissent cette voie d'aider les autres, je ne pense pas que je pourrai faire ce genre de métier, je suis trop "une éponge" et ne pourrai pas laisser tous ces
soucis à la porte de ma maison le soir en rentrant...


Ce n'est pas pour autant que ça me laisse indifférente bien au contraire mais je mesure encore mieux ma chance !


Bises et bon courage pour ces situations qui doivent être malheureusement quotidiennes...


 

Laliedreams 09/10/2012 20:55


Bon j'ai pleuré et j'espère que vous aurez une solution pour D.. et tous les autres petits à la rue.


Je suis écoeurée de cette société qui tolère ça, qui crée ça peut être...

ptitesab 09/10/2012 15:46


une bien triste histoire pour ce pauvre D...:'( 

boubou 08/10/2012 20:42


C'est horrible et ça me fait pleurer... Que peut-on faire pour aider?