Elle ne comprendra jamais sa mère.

Publié le par Harlequin Girl



Fusionnelles. Ce mot revient toujours à la bouche pour qualifier la relation que j'ai avec elle, ma mère. 21 ans de conflits permanents et d'amour intense. Avec elle, il n'y a jamais de juste milieu, ou on se déchire, ou on s'adore. On fonctionne comme ça, c'est notre façon d'être, et personne n'y peut rien. Elle m'énerve à un point que j'en deviens vraiment méchante quand elle perd toujours ses clés et s'affolle, hurlant que cette fois, elle les a vraiment perdues, quand elle m'appelle à 22 heures alors que j'habite à 500 bornes pour me dire qu'elle arrive pas à envoyer une photo sur MSN, quand elle fout le bordel dans la maison alors que je viens de ranger juste avant, quand elle me coupe la parole alors que je lui parle de ma vie et qu'elle se met à parler de madame tartenpion dont j'en ai rien à foutre, quand elle panique au moindre truc parce qu'elle ne comprend rien, quand elle me parle de mon frère comme si c'était à moi de faire autorité sur lui, quand elle me reproche de pas aimer sa famille, quand elle me parle de mon père, quand elle pleure pour une connerie, quand elle rentre du boulot en gueulant, quand elle croit à toutes les conneries du style astrologie et compagnie, quand elle chante les mauvaises paroles d'une chanson à tue-tête, quand etc. Et je l'adore quand elle m'envoie des petits mots sur MSN le matin que je lis au réveil, quand elle pense à m'acheter quelque chose qui elle le sait me plaire [ ou pas ], quand elle propose toujours quelque chose pour m'arranger, quand elle m'écrit une chanson pour mes anniversaires, quand elle me colle des post-it sur mon miroir de salle de bain pour mes 18 ans et que 3 ans après ils sont toujours là, bien collés, quand elle me fait les plats que j'aime quand je rentre en vacances, quand elle m'appelle après sa sieste alors qu'elle n'a rien à me dire, quand elle va au cinéma avec moi, quand elle va avec moi au restaurant, quand elle me parle comme à une confidente, quand elle me fait confiance, quand elle me propose de me masser, quand elle me fait des câlins, quand elle me dit je t'aime, quand etc.
21 ans qu'on s'hurle dessus pour mieux se retrouver après, que l'on verse autant de larmes que d'éclats de rire, que l'on s'aime fusionnellement, à l'amour à la haine. 21 ans que je croyais la connaître presque par coeur, et pourtant ce soir, pour la première fois, elle m'a surprise, réellement. Pour la première fois elle a évoqué le fait d'être grand-mère, que maintenant, elle se sentait prête. Et ces quelques mots " Si tu veux avoir rapidement un enfant, tu devrais ... " m'ont chamboulée. Je ne m'y attendais pas. C'est venu d'elle-même, c'est elle qui a amené le sujet. Et moi, alors que j'aurai dû me sentir enfin heureuse de l'entendre dire de telles paroles, j'ai serré les dents pour ne pas pleurer, la boule coincée au niveau de la gorge, et l'envie de lui dire que j'allais commettre l'irréparable. Parfois, certaines paroles arrivent trop tard.

Publié dans Moi & les autres

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